Le traité budgétaire européen passe à côté du sujet
Tribune écrite avec Olivier Hersent et publiée par Le Figaro du 16/02/2012, page 16
Le nouveau traité est censé régler tous les problèmes de la zone euro. Pourtant, la Grèce, et peut-être aussi le Portugal, sont au bord de la faillite. Pourquoi ce paradoxe ? Est-ce le dernier soubresaut de la crise, ou le signe que le nouveau traité ne règle rien ?
Prenons un peu de recul. Depuis 15 ans les crises financières se succèdent. 1997 : crise asiatique. 2000 : bulle Internet. 2007 : crise des subprimes. 2008 : crise bancaire. 2009 : crise de la zone euro.
A chaque crise son responsable. En 1997, les politiques de change. En 2001, les analystes financiers, leur comportement moutonnier et leurs modes de rémunération. En 2007, les agences de notation, qui ont favorisé les financements structurés pour augmenter leurs revenus. En 2008, les bonus, qui incitent à prendre trop de risques. En 2009 la gouvernance européenne et, encore, les agences de notation.
Et à chaque crise sa réponse spécifique ; aujourd’hui, le nouveau traité budgétaire, et des règles pour les agences de notation.
Pourtant, la cause première des crises est toujours la même : une insuffisance ou un excès de monnaie, c’est-à-dire une erreur de politique monétaire des Banques centrales.
En Asie, dans les années 1990, il y avait trop peu de monnaie en circulation. Les devises nationales se sont donc artificiellement appréciées, pénalisant les exportations. La dette externe a explosé, faute de financements locaux. Conséquences : crise de balance des paiements, fuite des capitaux étrangers et dévaluations.
A l’inverse, les crises que nous connaissons depuis 2000 sont toutes des bulles, c’est-à-dire des phases où la demande pour certains actifs augmente artificiellement, avant de s’écrouler. Aujourd’hui on s’étonne que l’on ait pu croire que les sociétés Internet valaient si cher, ou que le subprime et la dette d’Etats surendettés était sans risque. Mais quand on a trop d’argent, on le dépense sans réfléchir. Et pendant 15 ans la Réserve fédérale américaine (la Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) ont laissé croître la masse monétaire du $ et de l’€ à 10% par an en moyenne.
La Fed et la BCE portent donc une responsabilité colossale. Mais on ne leur a jamais demandé des comptes. Pompiers pyromanes, on les appelle même pour éteindre les incendies qu’elles ont allumés. Et le nouveau traité européen passe encore à côté du sujet. Au mieux, il soignera le symptôme, la dette publique.
Pourquoi la politique monétaire est-elle ainsi à l’abri de toute remise en cause ? Parce qu’il y a 40 ans Milton Friedman a dit que la politique monétaire ne pouvait faire que du mal, le seul objectif de la BCE est la lutte contre l’inflation. Parce qu’il y a 25 ans Larry Summers a cru montrer que des Banques centrales indépendantes contenaient mieux l’inflation, la BCE est indépendante et en dehors de tout contrôle démocratique. Point.
Rêvons un peu. Imaginons qu’un responsable politique européen souhaite réformer la politique monétaire et la BCE. Pour éviter de nouvelles crises, arrêter de réécrire les traités et pouvoir enfin dessiner l’économie européenne à 10 ans. Que faire ?
Avant tout, il faut retrouver un peu de sérénité dans la zone euro et écarter le risque de défaut. A ce point de la crise, il n’y a pas d’autre solution que de venir en aide aux Etats qui s’engagent sur une « règle d’or ». Et seule la BCE en a encore les moyens financiers.
Reste à définir cette règle d’or. La dette permet de financer des projets, dès lors qu’ils rapportent plus que la charge d’intérêt. Il n’est donc pas question d’interdire la dette publique mais de la réserver aux investissements, et lorsque la croissance est supérieure aux taux d’intérêt. Un Etat qui refuserait cette règle se placerait de fait hors zone euro.
Une fois la zone euro mise en sécurité, on pourrait débattre de la politique monétaire.
Débattre des enjeux et des risques liés à la monnaie. Trop de monnaie favorise l’inflation des prix des biens, des services et des actifs financiers et immobiliers ; l’apurement des dettes et l’épargne de précaution ; le carry trade, c’est-à-dire la conversion dans une autre devise pour investir ailleurs. A l’inverse, pas assez de monnaie, ce sont des investissements rentables qui ne se réalisent pas, et des banques qui manquent de liquidité, voire de fonds propres.
Débattre des objectifs de la BCE. Objectifs sur la masse monétaire d’abord. Sur l’inflation, notamment des actifs. Sur le niveau d’épargne et de dette privées, et leur utilisation. Sur le soutien aux banques, qui doit être la contrepartie du financement de l’économie européenne.
Débattre enfin du rôle et de la gouvernance de la BCE. De l’articulation entre politique prudentielle et monétaire. De la transparence et du contrôle démocratique.
Si ce responsable existe, il doit faire vite. Le couple franco-allemand, fort du nouveau traité, prépare déjà la prochaine bulle en proposant d’assouplir les règles de Bâle 3 sur les banques.
Tags: dette, économie, euro, Europe, finances publiques, marchés financiers

Bonjour,
Je ne suis pas du tout d’accord ! Les bulles ne proviennent pas d’une trop grosses quantite de monnaie mais d’une mauvaise orientation de celle-ci par les acteurs financies. Le marche est attire par les profits a courts termes et est completement deconnecte de l’investissement pour l’amelioration de l’economie a moyen/long terme.
Pour illustration, un trader qui voit une bulle se creer et qui prevoit son eclatement dans 3 mois vas en profiter pour acheter dans ce secteur, contribuer a l’accroissement de la bulle, et revendre dans, par exemple 2 mois.
Le profit a court terme n’implique pas une amelioration de la societe humaine a moyen/long terme. On peut voire une seconde illustration avec la difficulte de faire rentrer les considerations ecologique dans la logique des marches.
Le vrai probleme et la ! On laisse la finance gerer l’investissement pour l’amelioration de l’economie mais ces deux secteurs (finance et economie) n’ont pas les memes buts. Vous pourrez changer n’importe quoi dans la creation monetaire, ce probleme perdurera et augmentera dans le futur avec l’accroissement de la fluidite de marche financiers.
A peu près d’accord sur tout dans les grandes lignes (c’est rare de ma part sur un forum du Figaro, comme quoi même les dogmes les plus tenaces s’effondrent vite devant la crue réalité).
Juste sur ce point « La dette permet de financer des projets, dès lors qu’ils rapportent plus que la charge d’intérêt. Il n’est donc pas question d’interdire la dette publique mais de la réserver aux investissements, et lorsque la croissance est supérieure aux taux d’intérêt ».
Je crains qu’il y ait deux difficultés majeures :
1) Evaluer le taux de croissance un an à l’avance (généralement le budget est équilibré en fonction de cette prévision de croissance)
2) Séparer les dépenses « d’investissement » des dépenses de « fonctionnement ». Comment séparer la part de l’investissement de la part du fonctionnement pour chaque dépense ?
Exemple : lorsque l’on prévoit la création d’un poste d’ enseignant ? L’enseignant éduque (= bonheur) et forme à la fois (=investissement). Comment calculer la part investissement ? Dans un cours de math, quel est la part « épanouissement » du citoyen en devenir et la part « formation » du professionnel en devenir ? Il en est de même pour de nombreuses dépenses : une infrastructure de transport, quelle part pour le loisir, quelle part pour le développement économique ? Les dépenses de santé et de prévention en particulier : quelle part pour éviter les souffrances humaines, quelle part pour éviter le surcoût curatif pour remettre sur pied le professionnel ? Les dépense en faveur des énergies renouvelables et l’écologie en général ? Comment évaluer le « retour sur investissement » ? Si c’était aussi simple pourquoi aurions-nous des différences telles entre les pays. Et en particulier sur ce dernier point entre la France et l’Allemagne. En résumé : chaque euros du budget se décompose en dépenses de « fonctionnement et en dépenses « d’investissement ». Quelles institutions, supranationales ou pas, va pouvoir évaluer pour chaque euro dépensé, ces différentes part et justifier de celle légitime de celle qu’il ne l’est pas ? Des technocrates européens avec des logiciels aussi robustes que ceux qu’utilisent les traders ?
Au niveau national un tel instances existe, elle s’appelle la cour des comptes. Elle a aujourd’hi un rôle consultatif. Devons-nous lui donner le rôle exécutif au délà donc du parlement élu ? Qu’elle en sera la composition ? Quel sera le mode de désignation de son instance décisionnaire ? Elus ? Nommés ? Par qui ? Avec quelle garantie de non « démagogie » ? C’est en efet l’hypothèse implicite de l’auteur me semble-t-il : nos gouvernants, par électoralisme, auraient la facheuse tendance à faire plus de dépenses et moins de recettes (impopularité des impôts).
En conclusion : une recette technique tel la règle d’or n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Les « recettes » s’appellent : éducation des masses (tiens l’histoire n’est plus qu’une option !) , liberté d’information (il semble qu’en ce moment au Figaro de M. Dassault ce soit d’actualité), démocratie (fini le « m&étier » de député et autres fonctions électives, referendum d’initiatives populaires, conférence de citoyens, ….), transparence, …
On a bien vu que les critères de convergences se sont révélés inapplicables. La règle d’or ce serait la même choses. Qui dit monnaies unique dit politique unique. Les USA avec 350% du PIB de dettes publiques ne sont pas à l’agonie. Alors pourquoi la France avec moins de 90% devrait l’être ?
Nous n’avons pas d’autre choix que de compter sur la part d’altruisme de nos concitoyens les plu sâgés pour ne pas obérer l’avenir de leurs congénère plus jeunes en leur créant des dettes monétaire et surtout écologique. Aucune instance ne peut décider le juste équilibre entre les droits des générations présentes (celles qui créent ou ne créent pas de dettes) et ceux des générations futures celles qui seront plombées par des dettes injustifiées, dont la dette écologique qui elle ne pourra pas être négociée. La Nature ne négocie pas).
ERRATUM : la dette publique des USA représentait environ 100% de son PIB (fin 2011) , les 350% correspondent à dettes publiques + privées.
@MadMax : dans le gonflement de la bulle vous dites que le coupable est celui qui souffle, et nous on dit que le coupable c’est celui qui apporte le gaz
C’est sans doute plus facile de couper le gaz au niveau du gazoduc que d’interdire à tous les habitants de la terre, dont les traders, d’expirer…
L’indépendance des banques centrales est un mythe. Il est impossible de croire une seconde que les QE de la FED ont été unilatéralement décidés. Les rachats d’OAT par la FED ou la BCE reviennent pour ces banques a prendre en charge pour les gouvernements la planche a billets, que lesdits gouvernements font semblant de ne plus pouvoir actionner. Les règlementations bien pesées pour avantager les banques lesquelles renvoient l’ascenseur représentent des milliers de pages (la finance est l’industrie la plus règlementée), pour ne donner qu’un exemple les règles Bale qui privilégient les OAT en tant que réserves…. etc Je suis d’accord que bulles et crises sont en grande partie les conséquences des politiques monétaires, je ne suis pas d’accord pour dire que les gouvernements n’y ont aucune responsabilité. N’est ce pas faire preuve de cécité, lorsque des gouvernements comme le notre pèsent 56% du PIB, se mèlent de tout et de n’importe quoi, règlementent tout et n’importe quoi, que d’imaginer qu’ils n’ont aucune influence sur l’économie.
Je reviens sur votre article concernant L’Europe et ses traités , il me semble que l’on omet trop vite la responsabilité de nos politiques, pour mémoire fin 2008 les grands dirigeants avaient « promis » des réformes en profondeur du système financier, des règles plus contraignantes , plus exigeantes etc. …nous savons ce qu’il en est malgré les G 8 et G 20 aujourd’hui. Les dérives continuent avec des conséquences à venir qui pèseront lourdement sur les finances publiques .
Comment après avoir connu la déroute de Barings, du Crédit Lyonnais, d’Enron, les « comptes présentés » à la commission par certains pays et j’en passe nous continuons sur cette même lancée !
Pourquoi les pouvoirs publics ne prennent-ils pas certaines mesures à cet égard ?
Tant que la puissance publique ne prendra pas les mesures qui s’imposent , nous ne parviendrons pas à sortir de cette spirale infernale. Bien entendu il ne s’agit pas de légiférer à tout va mais d’encadrer certaines pratiques pour éviter ces dérives.
A cet effet après pratiqué un certain libéralisme , le livre de Bill Clinton est révélateur d’une reprise du politique sur l’économie.
Puisse–t-il être entendu avant que nous trouvions face à des périodes plus que dangereuses !
Prenons un peu de recul. Depuis 15 ans … , si votre recul consiste à montrer que le capitalisme produit des crises c’est incontestable ! Mais il faut mentionner l’Argentine, la Russie …
A chaque crise son responsable. En 1997 … Même constat tangible au cours des périodes précédentes : L’OPEP et le prix du pétrole responsables de l’inflation à la fin des années 70; Le second choc pétrolier pour expliquer le million de chômeurs… etc.
Et pendant 15 ans la Réserve fédérale américaine (la Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) ont laissé croître la masse monétaire du $ et de l’€ à 10% par an en moyenne. Comme vous y allez, l’existence de l’euro en tant que monnaie en circulation remonte à 2002, tout juste 10 ans ! Certes, les habitudes, mêmes monétaires, ont la vie dure. Les dévaluations successives du franc puis la fluctuation (flottement) des monnaies au sein du serpent monétaire européen ont précédé l’euro.
Pourtant, la cause première … erreur de politique monétaire des Banques centrales. En Allemagne, la grande crise de 1929 ne précède t-elle pas l’effondrement du mark de Weimar ? J’admets que votre propos ne s’articule pas uniquement à démontrer la faute des banques centrales au moment où survient la crise.
A l’inverse [des crises précédentes], les crises que nous connaissons depuis 2000 … Il s’agit, en effet de comprendre comment les banques centrales sont au cœur même [au service] de la production de crises. C’est évident qu’à la tête de la Fed comme de la BCE on ne trouve pas des enfants de choeur !
Le FMI, les agences de notations, les hedge funds comme les banques offrent, plus ou moins durablement, des opportunités confortables aux experts en CRISES. La Fed et la BCE portent donc une responsabilité colossale. mais aussi le FMI, les gouvernements, les paradis fiscaux, les cagnottes corruptrices (UIMM), etc …
Une fois la zone euro mise en sécurité …De qui ? De nous mêmes, les européens, ses habitants ? Avez-vous le vertige ou bien vous n’y croyez plus du tout !
L’euro est un PRODUIT qui connait une crise d’obsolescence accélérée. Il se trouve que c’est aussi une monnaie convertible [kleenex] qui va s’apprécier [négativement comme le mark de Weimar ?].
Le traité budgétaire européen MES, c’est une [n-ième] tentative des chefs, le couple franco-allemand, d’imposer à la construction européenne, le volet fédéral qui manquerait à la gouvernance de la zone euro.
Si ce responsable existe, il doit faire vite. Comment arrivez-vous à cette conclusion, alors même que votre article est TOTALEMENT CREUX. Par exemple, qu’est-ce que vous apportez au lecteur sur la compréhension de la règle d’or ?
Qu’est-ce qu’il faut retenir de la présentation en équilibre du budget d’un état ? Qu’est-ce que la doctrine de la BCE sur la lutte contre l’inflation a t-elle permis de protéger dans la zone euro ?
Qu’est-ce qui justifient PLUS de techno-structures [cellules de crises] dans la construction européenne : la pauvreté, le chômage, l’âge de la retraite, la flexibilité au travail, les délocalisations, les casses publiques …
Votre article n’est pas construit et vous n’êtes pas crédible, parce qu’il y a trop d’omissions. Bon sang, c’est votre blog perso, alors lâchez-vous !!!
Ecrire une page sur un article totalement creux, belle prouesse ! Bravo !